Vente de vin sur Internet : le coup d'arrêt ? Boris De La Cruz
dimanche 30 mars 2008 | Le Parisien
Une récente décision de justice contre le site Heineken.fr pourrait stopper net les ventes de vin français par Internet. Les viticulteurs, qui ont trouvé là un débouché important, s'inquiètent.
«SI ON supprime nos sites Internet, nous sommes mal ! En restant dans sa cave, même en faisant le meilleur vin du monde, un vigneron n'attire personne, explique Serge Cosialls, directeur des caves Terra Ventoux, dans le Vaucluse. Internet permet de nous faire connaître. »
Des viticulteurs de la région sont inquiets depuis que la cour d'appel de Paris a confirmé, le 13 février, la condamnation du brasseur Heineken pour avoir fait de la publicité vantant ses produits sur la Toile.
D'ailleurs depuis, le site Heineken.fr - qui était poursuivi par l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) - est inaccessible.
« Une épée de Damoclès au-dessus de la tête »
Les vignerons craignent que cette décision ne fasse jurisprudence, donnant un sacré coup d'arrêt à ce nouveau canal de vente qui marche très fort. On estime que le nombre de sites de vente de vin en ligne en France est désormais de plusieurs centaines. Leur chiffre d'affaires progresse sur un rythme d'environ 30 %. Un débouché précieux à l'heure où la viticulture française subit les assauts de la concurrence étrangère.
« La machine est lancée, on ne sait pas où elle s'arrêtera. C'est le monde à l'envers. Si on ferme les sites de vin français, les consommateurs étrangers ne pourront plus nous découvrir alors que les Français pourront facilement commander en ligne les vins californiens et étrangers », s'emporte Michel Blanc, président des producteurs de vins de Châteauneuf-du-Pape. « Depuis quatre ans, on a multiplié par quatre nos ventes sur Internet. On touche une autre clientèle », renchérit Christiane Théodosiou, responsable de la cave de Visan, dans l'Enclave des papes.
« Tous les sites Internet vendant vins et alcools ont une épée de Damoclès au-dessus de la tête, confirme l'avocat spécialisé Pascal Goyard. La loi Evin, adoptée en 1991, ne mentionnait pas Internet puisque ce support n'existait quasiment pas à l'époque. Donc, tout ce qui n'a pas été prévu par cette loi n'est normalement pas autorisé. »
La solution pour échapper aux poursuites judiciaires consisterait à créer un site Internet en anglais, en «.com », qui bloquerait l'accès aux internautes français, en détectant l'origine de l'adresse. Certains vignobles du Bordelais auraient déjà opté pour cette solution, tout comme le brasseur irlandais Guinness... « Ils se privent de la clientèle française mais ne pourraient être menacés de poursuites », explique l'avocat.
En tout, trois sénateurs du Languedoc-Roussillon ont déposé fin février une proposition de loi pour inclure Internet dans les supports autorisés de la loi Evin.